Romeria
Carla Simón
Année : 2025
Pays : Espagne
Durée : 112 mn
Date de sortie nationale : 04/08/2026
VOST
Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa, Alberto Garcia, Miryam Gallego, Janet Novás
Après la mort de sa mère à Barcelone, Marina y a été adoptée quand elle était enfant. Pour finaliser son dossier de bourse étudiante, elle doit fournir un certificat de paternité. Or son père biologique est mort à Vigo, en Galice. Quand elle arrive dans cette ville portuaire au bord de l’Atlantique, elle ne connaît de son histoire que ce que sa mère a écrit dans son journal intime. Dans les dossiers de l’administration, son père n’a jamais déclaré d’enfant. C’est sa famille de sang qui détient la clef des portes de l’université, une famille dont les membres ne partagent pas les mêmes souvenirs concernant ses parents, emportés tous les deux par la toxicomanie et le SIDA.
Carla Simón – cinéaste catalane qui avait déjà deux films remarquables à son actif : Été 93 (2017) et Nos soleils (2022), nous embarque avec Romeria dans un pèlerinage familial, un labyrinthe de silences où l’écho des mots de sa mère tresse un fil d’Ariane que Marina suit pour ne pas se perdre dans les mensonges et les faux-fuyants des uns et des autres.
Au fil de l’eau de cette autre mer qu’elle commence à aimer – « Me gusta este mar » –, elle filme le décor du drame comme on ferait un repérage avant un tournage : l’océan, le port, les îles, le vieux bateau de son père, un chat, l’immeuble où il vécut quelque temps avec sa mère, le bleu du ciel, les oiseaux…
Avant de se confronter au Minotaure, le grand-père, Marina va écouter, avec une sérénité troublante, les récits de ses deux oncles et de ses deux tantes qui n’ont toujours pas coupé le cordon avec le patriarche irascible, ni avec leur mère dont les migraines théâtrales n’arrivent pas à cacher le malaise. La vérité, pas forcément bonne à dire, tombera de la bouche des enfants, de ses cousins et cousines… À l’aide de sa petite caméra, des pages griffonnées par sa mère et des informations glanées dans les trous de mémoire du clan, Marina va mettre elle-même en images l’histoire d’amour et de mort de ses parents.
Le dispositif narratif et le traitement des images de Carla Simon permettent des passages fluides et intenses entre le présent et le passé, entre le réel et l’imaginaire. Nous sommes dans ses pensées où elle recompose sans haine ni rage le récit des origines et les questions qu’il soulève : quelle personne serais-je aujourd’hui si j’avais grandi dans cette famille ?
La jeune actrice Llúcia Garcia porte ce film avec une force et une grâce sidérantes, qui donnent à son personnage une maturité que l’on n’attend pas d’une fille de dix-huit ans qui découvre la lâcheté et la pourriture derrière la façade respectable de la bourgeoisie.
Romeria est un film sur la quête des origines, sur la famille, ses secrets, ses mensonges, sa veulerie… Mais c’est aussi un film sur le pouvoir des images et de l’imagination, sur la puissance du cinéma et de la fiction pour transcender la réalité en la regardant en face.
Enfin Romeria met au jour le hors champ de l’épidémie de SIDA où sont tombés, en Espagne comme en France, des milliers d’usagers de drogue par voie intraveineuse dans les années 1980 et 1990. Ces victimes sont beaucoup moins présentes dans la mémoire collective que celles de la communauté gay qui a su faire de sa visibilité une arme de combat. Pourtant ces femmes et ces hommes se sont aussi battus contre le VIH, dans leurs corps et dans le corps social, au sein de collectifs et de groupes d’auto-support. Elles et ils ont fait avancer les programmes d’échange de seringues et de substitution à l’héroïne, ils et elles ont défendu leurs droits et leur dignité. En les sortant de l’ombre, ce très beau film leur rend hommage.

