The new west
East of wall
Kate Beecroft
Année : 2025
Pays : USA
Durée : 97 mn
Date de sortie nationale : 05/06/2026
VOST
Tabatha Zimiga, Porshia Zimiga, Clay Pateneaude, Jennifer Ehle, Scoot McNairy
Kate Beecroft
Fichtre ! C’est sans aucun doute l’un des plus beaux films vus depuis le début de l’année ! Le premier d’une jeune réalisatrice à qui l’on souhaite une très longue carrière… D’emblée, elle imprime une force, une patte… à la fois intimiste et majestueuse, à l’image des paysages sans concession des Badlands, que magnifient des prises de vues au cordeau. Plongée dans un décor familier de western, moderne et intemporel, sec, poussiéreux, rude et réconfortant, aussi hypnotique que le désert de Sirāt, sans la techno ! Ici, c’est le galop des chevaux qui donne le tempo. Ni action spectaculaire, ni effusion de violence, sinon celle inhérente à la condition féminine dans une société états-unienne où gronde un masculinisme larvé…
Au pays des cowboys, Tabatha fait office de dernier des Mohicans. Non qu’elle soit une Indienne, mais, cheffe respectée de sa tribu familiale, elle en a la force tellurique, le port altier, la tignasse guerrière – et le don de murmurer à l’oreille des chevaux, qu’elle dresse comme personne, à force de patience. Magie de l’entente entre la femme et l’animal qui accepte, après de longues semaines d’approche, de gestes doux, qu’on lui monte sur le dos. Et le summum de la connivence arrive quand il n’est même plus besoin d’une selle, ni d’un licol… Il n’y a pas meilleur dresseur dans le coin ! Pour vendre ses canassons en revanche, c’est tout autre chose. Le travail d’excellence de Tabatha et de sa smala n’est pas rétribué à son juste prix. Pas à l’égal de celui des hommes en tout cas. Pourtant, nul ne peut ignorer, dans ce bled paumé où tout le monde connaît tout le monde, qu’elle a une flopée de bouches à nourrir, une horde de mômes plus ou moins perdus qu’elle recueille, héberge, forme, filles et gars sans distinction, aime de son amour rugueux mais inconditionnel. Aux trois enfants qui sont la chair de sa chair, se mêlent ceux qui ont échoué devant sa porte, petits naufragés de la vie. Et si son ranch ne paie pas de mine, si le confort y est spartiate, rien ne vaut la chaleur humaine qui irradie de ce refuge solidaire, lové au cœur de terres arides. Ici, toutes et tous, comme liés par un pacte sans mots, se serrent les coudes, ne bronchent pas. Non pas par obéissance craintive, mais parce que la droiture, la dignité de Tabatha appellent en retour, naturellement, celles de ceux qu’elle prend sous son aile.
L’un des personnages cruciaux de son ranch est sa fille Porshia, à qui Tabatha et John, son compagnon disparu, ont tout appris. C’est par sa voix qu’on entre dans son univers, sa tribu. Plus qu’une cavalière hors pair, Porshia est une future dresseuse, de la trempe de sa mère. Une véritable caïd qui force elle aussi le respect. Il faut la voir lancer sa monture au grand galop, dans une chevauchée fantastique tendue vers un but invisible, ou encore jouer les équilibristes, tellement à l’aise sur le dos d’un cheval, même dans les postures les plus périlleuses ! Pourtant la vie progressivement, à force de coups bas et de manque de moyens, se durcit… Jusqu’à l’arrivée d’un homme, un étranger qui reconnaît, lui, la valeur du travail de Tabatha – et dont le portefeuille bien garni semble être la réponse à tous les problèmes. Mais la tribu de Tabatha, dont il se propose d’être le commanditaire, le bienveillant patron, a-t-elle vraiment besoin d’un sauveur yankee ? Quand la lumière de la salle se rallume, on quitte avec regret cet univers puissant, captivant. On en redemande, des rencontres avec des œuvres et des personnages de cette trempe !

