MARTY SUPREME
Réalisé par Josh SAFDIE
Année : 2025
Pays : USA
Durée : 149 mn
VOST
avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A‘zion, Kevin O‘Leary, Abel Ferrara
Scénario de Josh Safdie et Ronald Bronstein
Difficile de passer à côté du rouleau compresseur promotionnel qui entoure la sortie du nouveau film de la plus frenchy des étoiles montantes du cinéma américain (indépendant ou pas), j’ai nommé Timothée « Timmy » Chalamet qui, rappelons-le, est franco-américain et jouit des deux côtés de l’Atlantique d’une célébrité hors-norme. Chouchou des jeunes (mais pas que), il incarne cette nouvelle génération d’acteurs qui redéfinissent les codes de la masculinité, dans un Hollywood où la virilité musclée a longtemps été le standard. Mais au-delà de son sens inné de la communication, de son goût pour les tapis rouges – des festivals de cinéma comme des défilés de mode –, au-delà de l’élégance charismatique du garçon, il faut bien le dire : c’est un vrai, un grand comédien. Et il en donne ici la preuve suprême : car il faut un sacré talent pour tenir à bout de bras ce personnage pas vraiment sympathique (voire parfois carrément tête-à-claques), qui est de tous les plans de ce film captivant. Un corps presque chétif qui semble paradoxalement vibrer sans cesse, un débit vocal étourdissant qui ne laisse aucun silence s’installer et surtout un bagou à l’épreuve de tout, du regard des autres comme de son amour propre : Marty Mauser agace tout autant qu’il fascine.
La riche idée du film (qui pourtant, sur le papier, peut laisser perplexe), c’est d’avoir situé ce récit sur la quête de gloire et de célébrité dans le milieu du ping-pong des années 1950 ! Nourri par des années de recherches approfondies sur le sujet, Josh Safdie s’est inspiré des souvenirs de son oncle, quand à New-York ce sport se pratiquait dans les lieux malfamés, attirant une faune de gangsters, de marginaux et d’arnaqueurs en tous genres. En Europe du Nord et en Asie, les champions de tennis de table (ça fait plus noble !) étaient au contraire des stars voire, comme en Chine, des quasi-divinités… Il n’en faut pas plus pour souffler à l’oreille de ce brave Marty Mauser (Marty Reisman dans la vraie vie), notre héros, depuis son petit club de ping-pong du Lower East Side, de furieuses velléités de grandeur et de renommée.
Car le jeune homme le sait : son destin n’est pas de vendre éternellement des paires de chaussures dans la petite boutique de son oncle, aussi talentueux soit-il pour faire le job. Le ping-pong va alors devenir sa planche de salut, le moyen de fuir à la fois l’horizon étriqué des étagères de mocassins, le déterminisme social et les injonctions du monde qui l’entoure. Marty a une très haute idée de lui-même et de son talent et il est convaincu d’une chose : le monde du ping-pong à l’échelle internationale n’attend que lui. Dès lors il va user de toutes les stratégies, toutes les magouilles, tous les mensonges pour réaliser son ambition. Persuadé d’être au centre de tout et que tout doit être mis au service de son projet, il se met en scène comme le héros de sa propre vie, quitte à effacer les autres de son champ de vision : sa mère, son cousin qui est aussi son meilleur allié et son amoureuse, quitte à être ridicule. Mégalomane ? Tout à fait. Egocentrique ? Absolument. Antipathique ? Définitivement.
Filmée avec une énergie nerveuse, cette fresque haletante nous balade des cages d’escalier miteuses de New-York aux prestigieuses compétitions internationales. Les parties de ping-pong rythment avec brio l’ascension de ce jeune loup aux doux yeux d’agneau qui croisera sur sa route une star de cinéma déchue (délicieuse Gwynet Palthrow), un caïd violent prêt à tout pour sauver son chien (Abel Ferrara) et un magnat du stylo (Kevin O‘Leary)… Il y a du Scorsese dans ce cinéma-là : dans la mise en scène parfois grandiloquente mais toujours savamment maitrisée, dans les dialogues aussi secs et rapides qu’un coup de surin et dans la bande son, magnifique.

