WOMAN AND CHILD
Écrit et réalisé par Saeed ROUSTAEE
Année : 2025
Pays : Iran
Durée : 131 mn
VOST
avec Parinaz Izadyar, Soha Niasti, Payman Maadi, Sinan Mohebi, Feresteh Sadre Orafaee, Arshida Dorostkar
Dans l’ombre de la Palme d’Or du réalisateur iranien Jafar Panahi pour Un simple accident, ce Woman and child aurait sans doute mérité un peu plus de considération lors de sa projection au dernier festival de Cannes. La faute en partie à une polémique douteuse sur les conditions de production du film : le cinéaste Saeed Roustaee ayant obtenu (après une peine de six mois de prison et une interdiction de tourner de cinq ans suite à son précédent film, le très beau Leila et ses frères) la bénédiction des mollahs s’il acceptait le port obligatoire du voile pour ses actrices. Évidemment, autorisation en poche, le jeune réalisateur de trente-cinq ans, découvert en 2021 avec son excellent polar social La Loi de Téhéran, s’est empressé de retourner habilement cette contrainte en argument de dénonciation de cette pratique imposée par un régime autoritaire, dont la domination masculine est un des piliers.
Mahnaz. la quarantaine, vit avec sa mère et sa sœur dans un appartement résidentiel de Téhéran. Depuis la mort de son mari, elle élève seule ses deux enfants : Neda, une fillette discrète, toujours prête à aider sa tante et sa grand-mère et Aliyar, un ado vif et intelligent mais très turbulent. À la maison, en l’absence du père, il essaie maladroitement d’incarner la figure du nouveau chef de famille, tout en cultivant une vraie complicité affective avec sa mère. À l’école par contre, il enchaîne les quatre cents coups, séchant par exemple les cours pour improviser des paris clandestins dans un lycée professionnel voisin, rendant complètement chèvre l’administration du collège…
Mahnaz est infirmière. Depuis quelque temps, elle flirte discrètement avec Hamid, un ambulancier rencontré à l’hôpital. Mahnaz n’est pas forcément amoureuse de ce beau-parleur jovial, aux combines douteuses (on découvre assez sidéré sa conception personnelle du terme « marchand de sommeil »), mais elle trouve à son contact une respiration, une pause et le sentiment d’être toujours désirée, alors que sa vie de quarantenaire veuve s’apparente à un sprint quotidien entre son travail et sa famille.
Devant les avances de plus en plus insistantes d’Hamid, Mahnaz se résigne à accepter une rencontre avec ses parents, comme le veut la tradition, pour discuter fiançailles et mariage… La rencontre aura lieu chez Mahanaz, qui doit faire disparaître toute trace de la présence de ses deux enfants : les parents d’Ahmid ne sont pas au courant de leur existence. Mahnaz confie donc pour deux jours Aliyar et Neda à leur grand-père paternel, qui accepte à contre-cœur. Le même jour, au collège, Aliyar fait encore des siennes et c’est l’incartade de trop : il est renvoyé de l’établissement pour une semaine. À partir de ce moment-là, aux carrefours de tous ces événements, le destin de cette femme va basculer brutalement…
« Le film raconte l’histoire d’une femme qui résiste à tous les hommes qui lui font face et à une société patriarcale qui la prive de tous ses droits, y compris celui d’être mère », déclare Saeed Roustaee, qui décrit un système verrouillé où tout s’achète, où la corruption règne en coulisses, où la justice privilégie l’accusation des hommes à la défense des femmes. Porté par l’intensité du jeu de l’actrice Parinaz Izadyar et une mise en scène au cordeau, Woman and child ne lâche jamais rien, enchaînant des scènes d’une rare intensité, véritable manifeste féminin déguisé en mélodrame assumé. La soif d’indépendance et de justice de Mahnaz devient celle des milliers de femmes iraniennes qui sont asphyxiées par le patriarcat et qui crient aujourd’hui leur colère. On pourra par moments trouver le trait grossi, pourtant au regard de la violente réponse du régime face à la révolution en cours, on ne peut douter de la véracité du récit.


