The world of love
Yoon Ga-eun
Année : 2025
Pays : Corée du Sud
Durée : 120 mn
Date de sortie nationale : 05/06/2026
VOST
Seo Su-bin, Chang Hyae-jin, Kim Jeong-sik, Kang Chae-yun
Yoon Ga-eun
Un film formidable, tout en nuances, complexe et chargé à bloc d’une énergie communicative, réalisé par une jeune réalisatrice dont c’est le troisième long métrage (les deux premiers ne sont pas arrivés jusqu’à nous.
Joo-in est la joie de vivre incarnée. Adolescente espiègle, elle croque la vie à pleines dents, entourée de sa bande de copines qui adorent raconter des blagues osées et imiter les chorégraphies de leurs groupes de Kpop préférés, d’une mère douce et attentionnée – malgré un léger penchant pour la bouteille –, et d’un petit frère, futur magicien dans l’âme, qui organise des spectacles à la maison. Tout un monde pas forcément conventionnel, mais un cocon tendre, bienveillant, aimant. Elève enjouée, Joo-in est un peu la star de sa classe. Sans doute un rien trop impulsive, ce qui, au premier abord, va plutôt bien avec son inépuisable entrain. À moins qu’elle ne suive trop irrégulièrement ses cours de taekwondo pour parvenir à un parfait contrôle d’elle-même. Ou alors, est-ce que les jeunes garçons de sa classe seraient en porcelaine, pour perdre l’équilibre à la moindre petite accolade de cette tornade de fille ? On résume : Joo-in est une fille joyeuse, emportée, voire même un peu brusque, mais rien de grave, elle aime tout le monde et le monde le lui rend bien !
Jusqu’au jour où un camarade lui demande de signer une pétition contre le retour dans leur quartier d’un homme condamné pour des faits de pédophilie, avec comme argument premier que les victimes, traumatisées à vie, ne peuvent se reconstruire. Dans un premier temps, Joon-in refuse de signer et demande à son auteur de modifier cette formulation maladroite qui, selon elle, condamne les victimes à ne jamais réussir à dépasser leur traumatisme… Et quand elle constate que sa demande de modification n’est pas prise en compte, la volcanique adolescente s’emporte, tempête et clame haut et fort, de but en blanc, avec la brusquerie qui la caractérise… qu’elle a elle-même été victime d’abus sexuels et n’en est pas traumatisée pour autant ! Toute la classe tombe des nues, abasourdie par cette révélation. Joo-in essaie de revenir sur ses propos, mais ne fait que s’enfoncer. Peu à peu, ses amies se détournent. Et des messages apparaissent dans ses cahiers…
Plus gros succès du cinéma coréen indépendant en 2025, The World of love a offert à sa réalisatrice une reconnaissance internationale – saluée par les plus grands cinéastes asiatiques : Bong Joon-ho, Kore-Eda Hirokazu, Jia Zhangke… La jeune Seo Su-bin, révélation du film, irradie l’écran : vive, exubérante, touchante, elle se fond avec naturel dans son rôle d’idole de ses camarades progressivement ostracisée, soulignant toute la complexité du sujet que le film aborde sans tomber dans le cliché. Si, au premier abord, The World of love semble raconter le parcours d’une jeunesse face au traumatisme que constituent les violences sexuelles subies durant l’enfance, il ne limite pas sa perspective à la seule victime et sa capacité à s’en sortir – ou encore aux étapes de la reconstruction. Le film n’est pas un récit sur la résilience, entendue comme une capacité intrinsèque de surmonter des épreuves. Au contraire, il vient enrichir ce prisme individuel de multiples facteurs aussi essentiels que l’environnement, l’éducation, la famille, les amis, le lien social… toutes ces facettes rappelant à quel point, pour le meilleur et pour le pire, l’être humain n’est pas un animal solitaire mais bien plutôt relié au monde par l’amour comme force de vie…
