Ginza cosmetics
Ginza keshô
Mikio Naruse
Année : 1951
Pays : Japon
Durée : 87 mn
Date de sortie nationale : 07/04/2026
VOST
Matsuo Kishi
Mère célibataire et hôtesse de bar en fin de carrière, Yukiko Tsuji travaille sans relâche au Bel Ami, un petit club du quartier animé de Ginza à Tokyo, pour subvenir aux besoins de son jeune fils, Haruo, garçon vif et malin, mais livré à lui-même. Lorsque sa patronne envisage de vendre l’établissement, Yukiko, criblée de dettes, doit faire face aux avances d’un puissant homme d’affaires aux pratiques peu scrupuleuses, afin de trouver l’argent nécessaire à la survie du Bel Ami…
Plutôt que d’échafauder son récit autour d’émotions spectaculaires, Mikio Naruse préfère décrire les multiples petites défaites, déceptions et compromis qui constituent le quotidien de son héroïne, Yukiko. Chaque journée lui apporte son lot de clients incongrus, mythomanes ou pitoyables, et c’est dans cette succession de désillusions que se révèle la véritable violence de sa condition sociale, celle d’une vie suspendue entre l’effort constant et l’impossibilité d’avancer, symbole de la condition des femmes dans le Japon d’après-guerre.
Marquant la renaissance de la carrière cinématographique de Naruse un peu avant ses chefs-d’œuvre plus connus (Nuages flottants, Quand une femme monte l’escalier… tous montrés chez nous), Ginza Cosmetics, resté jusqu’ici inédit en France, offre une éloquente réponse japonaise au néoréalisme italien qui fleurit à l’époque en Europe, en refusant toute dramatisation artificielle pour adopter une narration douce et flottante, au naturalisme presque documentaire. Précieux témoignage sur le Tokyo du début des années 1950, ce récit d’une résilience féminine douce-amère brille par la formidable prestation de Kinuyo Tanaka, actrice fétiche de Yasujiro Ozu et Kenji Mizoguchi, tout en retenue et profondeur émotionnelle. Dans cette chronique d’une grande justesse sur le quotidien des femmes ordinaires, Tanaka livre une interprétation d’une subtilité incroyable. L’actrice, future réalisatrice (Maternité éternelle, La Nuit des femmes… là encore : tous montrés chez nous !) et figure déjà majeure du cinéma japonais, excelle dans les transitions entre les différents « rôles » que le personnage de Yukiko doit endosser : ceux de la professionnelle enthousiaste devant ses clients, de la mère qui, absente par nécessité, s’inquiète pour son fils, de la maîtresse résignée face à un amant indifférent… Ces glissements que l’actrice opère avec fluidité expriment à merveille la multiplicité de masques que le titre du film évoque à travers sa métaphore cosmétique à double sens : le maquillage littéral des hôtesses fait écho aux faux-semblants de la vie nocturne et des illusions romantiques.

