Sauvons les meubles
Catherine Cosme
Année : 2025
Pays : France
Durée : 86 mn
Date de sortie nationale : 05/06/2026
Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez, Jean-Luc Pireaux, Jane Cosme Van Handenhove
Catherine Cosme
C’est curieux, ce goût chez les politiques français (de gauche) de jouer les utilités (et leur propre rôle) dans le cinéma d’auteur, troubler un peu leur image, se montrer autrement le temps d’un caméo. Après Lionel Jospin convié chez les adorables Michel Leclerc et Baya Kasmi (Le Nom des gens, 2010), après Clémentine Autain devant la caméra de Romane Bohringer (là ça dépasse le caméo : elle a carrément un premier rôle dans Dites-lui que je l’aime), c’est à Benoît Hamon (encore un candidat déçu à la Présidentielle…) que Catherine Cosme a confié la (lourde) responsabilité d’ouvrir son premier long métrage, qui le met en scène dans une très courte séance de « shooting » photo tout ce qu’il y a de pro. Le choix n’est pas anodin, car tandis que l’animal politique se conforme aux directives précises de la photographe, enlève ses lunettes, change de profil, détourne le regard, lève le menton, esquisse un sourire, remet ses lunettes, l’ex-candidat Hamon est interrogé sur ce qui fut la mesure phare de sa campagne, sans doute la dernière authentiquement de gauche : le revenu universel – et plus généralement sur le rapport à l’argent (des gens, de la société). Sujet qui, malgré elle, va très vite devenir central dans la vie de Lucile.
Lucile (Vimala Pons, magnifique as usual), c’est la photographe qui est derrière l’appareil. Hyper sollicitée et suractive, elle mène une vie intense qui laisse peu de place à l’amitié, à l’amour et à la famille. Mais la famille va la rattraper. Son frère Paul l’alerte sur l’état de santé de sa mère. La voilà qui débarque illico dans le petit village gardois de carte postale où vivent ses parents (papa est poète dilettante, maman boutiquière de vêtements). Ils mènent une existence aussi placide que possible mais à la lisière de la marginalité, dans une maison de guingois, envahie par un bric-à-brac aussi sympathique qu’inquiétant. Dans le décor retrouvé, immuable, de leur enfance, Lucile et Paul vont de surprise en surprise. Tantôt en découvrant que leur mère, aux abois financièrement, a usurpé l’identité de sa fille pour enchainer les crédits à la consommation. Mais aussi, surtout, que, derrière une vilaine toux, elle dissimule l’épilogue d’une « longue maladie » qui ne lui laisse que quelques semaines à vivre…
Tragi-comédie qui sait ménager quelques moments cocasses dans une alternance subtilement dosée de tension et d’émotion, Sauvons les meubles est une fine réflexion, à la fois d’une richesse foisonnante et d’une limpide simplicité, sur le sens de la vie, les petits et gros mensonges du quotidien, les non-dits familiaux, les regrets. Le film dit combien les tracasseries matérielles sont dérisoires quand l’urgence est de rattraper le temps perdu, témoigner avec force de tout l’amour que l’on a tu, par pudeur. Prendre le temps de vivre pour soi et pour les siens, mettre en retrait une carrière professionnelle qui n’est sans doute pas la finalité ultime de l’existence. Avec son titre tristement ironique à multiple sens, Sauvons les meubles, en plus beau d’un film sur le deuil, est une invitation solaire, joyeuse, à faire un pas de côté et arrêter de se laisser bouffer l’existence. Une invitation à vivre.

