Dao
Alain Gomis
Année : 2026
Pays : France, Sénégal, Guinée-Bissau
Durée : 185 mn
Date de sortie nationale : 07/04/2026
VOST
Katy Correa, D’Johé Kouadio, Samir Guesmi, Mike Étienne
Alain Gomis
Dans une salle impersonnelle, le réalisateur Alain Gomis fait passer des auditions. Face caméra, défilent des femmes d’origine africaine. Elles se prêtent au jeu, improvisent et se livrent sans fard, parfois avec humour, sur leurs états d’âmes et leurs vies. « Je ne veux pas jouer une femme battue et soumise », insiste l’une d’elles, avant de rajouter « à moins qu’elle ne tue son mari ! » C’est dans cette frontière entre réalité et fiction que nous rentrons dans Dao.
Au milieu de ces échanges se dégage une scène entre une fille, Nour, et sa mère, Gloria, inquiète à l’annonce de ses fiançailles. Gloria a un visage qui retient l’attention, un regard qui capte directement le nôtre. Et puis elle a cette voix rocailleuse aux notes graves et profondes, qui fait vibrer les mots, leur donnent épaisseur et sens. Nour, elle, a une identité encore plus composite que sa mère. Elle est le fruit d’une relation entre Gloria, bissau-guinéenne,et un père franco-marocain, Slimane. Ces deux femmes vont être nos guides et les symboles des questionnements existentiels de cette population née de l’union complexe de deux mères patries : la France et l’Afrique. Déjà en 2001, Alain Gomis nous avait montré la voie en intitulant son premier film d’une contraction pertinente : L’Afrance… Deux terres donc pour deux décors, deux récits qui vont avancer en parallèle sans savoir lequel des deux est temporellement antérieur à l’autre.
C’est le grand jour ! Toute la famille, les copains, les copines débarquent chez Gloria et Nour en banlieue parisienne avant que le convoi ne rejoigne une grande demeure à la campagne pour fêter l’union de Nour et de son compagnon. Pour toutes et tous, c’est l’heure des retrouvailles, le champagne coule à flots et pendant que les plus jeunes jouent à cache-cache ou au foot dans le jardin, les plus grands se regroupent dans le salon, rigolent ou se chamaillent, autour de la question de la polygamie par exemple. Forcément des tensions s’installent, se propagent et parfois explosent…
Et puis Gloria part avec ses frères et Nour en Guinée-Bissau, dans le village natal de son père, pour une cérémonie commémorative traditionnelle suite au décès de ce dernier et pour faire découvrir à sa fille sa terre ancestrale. Ces rites funéraires et cette immersion totale au cœur de l’Afrique vont bouleverser Gloria et lui permettre de se réconcilier avec son histoire. De la robe de mariée Chanel de Nour au chant collectif arrosé de Killing me softly des Fugees, la célébration à l’occidentale du mariage est à mille lieues des rites tribaux ancestraux, nourris de danses traditionnelles ou de l’onction d’idoles de bois représentant les défunts. Ainsi, d’une cérémonie à l’autre, entre documentaire et fiction, Dao sculpte des destins pluriels, complexes et touchants. « Je crois qu’en ôtant les attributs ornementaux du cinéma de fiction, on voit tout simplement mieux » dit le réalisateur Alain Gomis.
Que sommes-nous capables de transmettre ? Construit comme un espace d’expression collective, Dao arpente les pistes de cette réflexion en prenant pour terrain d’études une génération d’enfants d’immigrés venant d’Afrique arrivés à l’âge de la transmission, souvent sans avoir connu leurs grands-parents. Un saut de génération, source d’interrogation sur le temps et le cycle de la vie. Ainsi, d’une mère à sa fille, des morts aux vivants, le film dessine une fresque impressionnante composée de relations constantes ou éphémères entre les êtres et le monde, animée d’un mouvement perpétuel, à l’instar des notes fluides du grand pianiste de jazz Abdullah Ibrahim qui accompagnent toute le récit. Dao nomme aussi ce qui n’a pas été transmis : la colonisation, les guerres, les déplacements forcés. Des histoires souvent tues parce que traumatiques, mais essentielles pour se constituer et avancer.

