Vivaldi et moi
Primavera
Damiano Michieletto
Année : 2025
Pays : Italie
Durée : 110 mn
VOST
avec Tecla Insolia, Michele Riondino, Valentina Bellè, Stefano Accorsi
Ludovica Rampoldi – d’après le roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa
Au début du XVIIIe siècle, l’Ospedale della Pietà, à Venise, recueille de jeunes orphelines et leur dispense une formation musicale d’une grande exigence. Derrière la rigueur et l’excellence affichées par l’institution se dissimule pourtant une réalité plus âpre : ces jeunes filles ne sont pas seulement éduquées pour jouer, elles sont aussi et surtout préparées à devenir des femmes admirées, éventuellement convoitées par des mécènes riches et puissants. Leur talent est une mise en scène publicitaire, et leur valeur évaluée au sein d’un système où l’art se mêle étroitement au contrôle social et à la hiérarchie économique. Cécilia, vingt ans, en a pleinement conscience : son avenir et la reconnaissance qu’elle peut espérer ne dépendent que peu de son talent musical, mais surtout de ce que l’institution et ses mécènes consentiront à lui accorder : la musique n’est là que pour constituer un tremplin, un passage obligé censé la propulser dans les bras d’un quelconque noble cousu d’or. Autant vous dire que cette perspective d’avenir ne l’enchante guère (euphémisme !) même si elle ne peut que s’y résigner, ne voyant aucun moyen de s’y soustraire.
L’arrivée d’un nouveau professeur, annoncé sous le sobriquet du « prêtre roux » en raison de sa chevelure flamboyante mais qui n’est autre qu’Antonio Vivaldi, en passe de devenir célèbre, vient cependant bouleverser cette dynamique bien rodée. Son enseignement dépasse la simple maîtrise technique et invite Cécilia à concentrer son travail autour d’une idée simple mais radicale. Si sa voix de femme ne peut s’exprimer librement, si elle n’est de toute façon pas et ne sera jamais entendue, alors autant communiquer autrement : en frottant, caressant, faisant vibrer les cordes de son violon. Chaque leçon, chaque répétition se transforment alors en un moment de confrontation intime, où Cécilia s’efforce d’aller un peu plus loin que ce que l’Ospedale attend d’elle. Elle prend peu à peu conscience de sa force intérieure, découvrant à la fois l’ampleur de son talent et les prémices d’une liberté nouvelle.
Inspiré du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa, Vivaldi et moi s’intéresse finalement peu au compositeur vénitien, mais s’attache surtout à faire le portrait d’une jeune femme en quête d’émancipation où chaque geste et chaque note traduisent sa lutte pour exister et s’affirmer, tenter de contrarier un destin peu enviable, faire voler en éclats les carcans de la société ô combien patriarcale de l’Italie de cette époque (a-t-elle tellement changé ?). Le film suit ainsi l’éveil musical et intime de Cécilia, mais aussi son apprentissage de l’émancipation dans un monde où, dès leur plus jeune âge, les filles sont instrumentalisées, contrôlées et évaluées.
Première réalisation de Damiano Michieletto, jusque-là metteur en scène d’opéra renommé, le film charme par sa délicatesse visuelle, ses costumes riches et sa mise en scène raffinée, sans oublier évidemment les œuvres de Vivaldi. Et on rassure les mélomanes avertis, le répertoire du film dépasse largement le cadre archiconnu des Quatre saisons !