Cycle test 3
Du 12/02/26 au 18/04/26 à Toulouse
TEST PASSION
Brian DE PALMA
Année : 2012
Pays : USA
Durée : 101 mn
VOST
avec Rachel McAdams, Noomi Rapace, Karoline Herfurth
Scénario de Brian De Palma et Natalie Carter, d’après le film Crime d’amour, écrit par Alain Corneau et Natalie Carter
Un personnage qui s’accuse pour mieux être innocenté : Crime d’amour, l’ultime film d’Alain Corneau, dont Passion est le remake, avait un petit quelque chose de Fritz Lang et de L’Invraisemblable vérité. Avec Brian De Palma, qui a reconfiguré le scénario, nous voici, en toute logique, du côté d’Alfred Hitchcock. C’est-à-dire d’un Hitchcock relu et ressassé, concassé, mis au carré, en abyme : le sel d’une grande part de la filmographie de Brian De Palma, qui a trouvé sa vocation à 18 ans en voyant Vertigo.
Comparé au thriller de Corneau, celui-ci est l’œuvre d’un « monsieur plus ». Le lieu clé de l’action, une grande agence de pub, permet à De Palma de pousser à fond tous les curseurs : héroïnes très jeunes, très mode, très ambitieuses, très sexy, très seules. Dans l’original, il y avait une relation maître-esclave entre une femme arrivée et une débutante pressée, avec une différence d’âge décisive. Dans cette nouvelle version, elles ne sont plus deux, mais trois. Des louves dangereuses, différentes par le rang hiérarchique mais interchangeables si l’on considère leur professionnalisme et leur avidité. Elles sont toutes hyper phalliques et super féminines, dans la lumière brillante de José Luis Alcaine, le chef opérateur habituel de Pedro Almodóvar.
La blonde (la Canadienne Rachel McAdams) est patronne de l’agence. La brune (la Suédoise Noomi Rapace), directrice de clientèle. La rousse (l’Allemande Karoline Herfurth), chef de pub. Entre deux d’entre elles, la tension monte à grande vitesse : elles travaillent ensemble jour et nuit, se mentent, se manipulent, se trahissent, se roulent des pelles, se refilent un mec, s’infligent des humiliations terribles, jusqu’au point de non-retour…
La répétition, la duplication sont les hantises inépuisables du cinéaste : dès 1976, Obsession était un décalque de Vertigo, lui-même chef-d’œuvre de référence quant à la question du double… Ici, le thème se pare, en plus, de résonances sociologiques. Dans cette agence de pub, vue comme la quintessence du monde capitaliste, le désir mimétique fait rage : chacune veut le job de l’autre, le corps de l’autre, veut être l’autre, qui lui ressemble déjà tellement. D’où un superbe et angoissant effet de clonage. La blonde demande à ses partenaires sexuels de porter un masque moulé selon son propre visage : son désir est une auto-idolâtrie, à laquelle l’évocation soudaine d’une sœur jumelle apporte une touche vertigineuse.
De Palma se déchaîne aussi avec la mise en abyme des images. Le temps n’a fait que donner raison à ses fantasmes, lui qui voit depuis toujours des écrans partout, et des caméras, et des yeux indiscrets. L’intrigue de Passion avance à coups d’affrontements sur Skype, de « call conferences », de films balancés sur You Tube, de preuves enregistrées par la vidéosurveillance ou le smartphone : systèmes voyeurs ou exhibitionnistes souvent imbriqués les uns dans les autres, puis relayés par le bon vieux « split screen » (la division de l’écran, le grand), pour chorégraphier la scène du crime…
(L. Guichard, Télérama)

Cycle test 3
Blabla cycle 3



