Mon grand frère et moi
Ani wo mochihakoberu saizu ni
Ryôta Nakano
Année : 2025
Pays : Japon
Durée : 127 mn
Date de sortie nationale : 05/06/2026
VOST
Kô Shibasaki, Hikari Mitsushima, Joe Odagiri, Aoyama Himeno
Ryôta Nakano
« C’est quoi, la famille pour vous ? » La question, innocemment posée à Riko par une lectrice enthousiaste lors d’une rencontre publique, laisse l’autrice à succès sans voix. La famille… À tête reposée, devant le clavier de son ordinateur, dans le cocon intérieur qu’elle s’est aménagé pour pouvoir travailler chez elle, à la fois écrire en toute tranquillité et garder un œil sur sa vibrionnante maisonnée, Riko s’interroge. « Si la famille désigne ceux qui ont vécu sous le même toit, pour moi qui ai déjà perdu mes parents, la seule famille qu’il me reste, c’est mon mari, mes deux fils – et… » Et sans doute ce frère aîné, dont elle vient d’apprendre la disparition. Qui habitait au diable, de l’autre côté de l’archipel. Qui avait fait et défait sa vie à de nombreuses reprises, en toute irresponsabilité. Qui ne lui écrivait que de très loin en très loin – principalement pour quémander de l’argent. Avec qui les relations ne furent – euphémisme – pas toujours faciles. Et qui ne se rappelle à son bon souvenir que pour régler les formalités de son décès !
Méthodique, organisée, responsable, c’est donc sans émotion excessive que la petite sœur et désormais seule « proche parente » du défunt saute dans le train direction Tagajō, préfecture de Miyagi, afin de clore une bonne fois pour toutes ce chapitre de sa vie. Or les fantômes sont parfois taquins, qui viennent sans crier gare hanter vos jours et vos nuits, se mêlent du présent, ravivent les souvenirs, plaident leur indéfendable cause… Et dans le genre indéfendable, le grand frère se pose un peu là ! Égoïste, fauché, parasite professionnel, hâbleur, lâche, menteur – surtout menteur. Indécrottable, invétéré, pathologique : avec un tel bagage, on comprend que Riko souhaite expédier les formalités en un temps record. Y compris la crémation, qui lui permettra de « réduire son frère pour le rendre transportable » – et au plus vite rentrer chez elle. Pourtant, mettre en ordre le chaos invraisemblable laissé par son frère ne sera pas une mince affaire, même aidée par l’ex-compagne dudit frère et leur fille aînée. Notamment, outre les factures impayées, l’appart dévasté, les souvenirs en miettes, il leur faudra apprivoiser Ryoichi, le fils cadet dont il avait obtenu la garde exclusive…
Le projet initial, pragmatique, de Riko de faire tenir son frère dans une urne funéraire et le ramener en train, va doucettement cheminer – et amener l’écrivaine à faire une place dans son cœur pour y conserver le meilleur de l’homme qu’elle a si peu connu, du frère protecteur, attentionné, dont petite fille elle avait pu être si proche.
Après nous avoir fait rire et émus aux larmes avec La Famille Asada (2023) le cinéaste Ryôta Nakano poursuit son exploration des liens familiaux avec sa touche unique, à la fois tendre, burlesque et un peu fleur bleue. La mort n’est jamais ici un sujet pesant : elle devient un espace d’émotion, de rituels et de gestes simples, où l’humour surgit souvent là où on ne l’attend pas. Derrière ses situations cocasses et ses fantômes bienveillants, Mon grand-frère et moi célèbre la réconciliation – non seulement avec les morts, mais aussi avec tout ce qu’on pensait avoir perdu en chemin. Pas question d’effacer les négligences ou les distances qui nous séparent : le film nous rappelle simplement qu’aucune faute ne définit une personne tout entière. Alors, Riko, finalement, une définition de la famille ? « C’est un refuge, pas un fardeau ». Il n’en fallait pas plus pour redonner à l’écrivaine le goût du lien et des petites joies de la vie.
