Quand les places sont disponibles à l’avance, vous pouvez les récupérer à la caisse des cinémas ou sur festik.net:
MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX
Écrit et réalisé par Pascal BONITZER
Année : 2026
Pays : France
Durée : 80 mn
VOST
avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Dominique Reymond, Micha Lescot, Olivier Rabourdin, Laurent Poitrenaux, Julia Faure
D’après le roman Maigret et les vieillards de Georges Simenon
Deux scénarios possibles. Vous connaissez par cœur le commissaire Maigret. Presque personnellement. Il fait partie des personnages de chevet qui accompagnent votre vie de lectrice, de lecteur. Vous avez alors naturellement suivi avec plus ou moins d’enthousiasme les nombreuses incarnations de Maigret sur le grand ou le petit écran : Harry Baur, Jean Gabin, Jean Richard, Bruno Cremer, Gérard Depardieu (pour ne citer que les Français)… Ou bien, au contraire, l’évocation du nom de Maigret n’évoque pas grand-chose pour vous, juste une silhouette imposante, un pardessus, un chapeau, une pipe. Vous avez lu des romans « durs » de Georges Simenon, mais pas les Maigret. Tout au plus êtes-vous tombé un jour, par hasard, sur un téléfilm adapté de l’une de ses enquêtes, tirée des 75 romans et 28 nouvelles dont il fut le héros entre1931 et 1972, sous la plume stakhanoviste de l’écrivain belge.
Bonne nouvelle : dans les deux cas, ce Maigret cru février 2026 va vous ravir, il procure le plaisir intense de l’intelligence des mots, écrits par Simenon, réincarnés par l’adaptation précise et brillante de Pascal Bonitzer – « J’ai fait le pari d’un film où il y a juste un mystère et des gens qui parlent » – et interprétés par une troupe de comédiennes et comédiens hors pair.
Le mystère, c’est le meurtre de l’ancien ambassadeur Berthier-Lagès, pour lequel le Quai d’Orsay contacte le fameux Jules Maigret… Le corps du mort (on ne sait pas encore qu’il était amoureux) a été découvert par sa gouvernante de très longue date, Jacotte, aussi dévouée à son maître qu’une grenouille à son bénitier. Très vite, le commissaire découvre que la victime entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, tiens donc, étrange coïncidence, vient lui aussi de décéder. Avec son équipe du 36 quai des Orfèvres, adepte du jambon-beurre et du demi du bistrot du coin, Maigret va se mettre au travail et déployer son art : celui d’écouter et d’entendre, les deux en même temps ! Car s’il recueille les mots des témoins et suspects, menant avec une sagacité incisive les interrogatoires, il est surtout capable de percevoir les évitements et tourments intérieurs, bref, tout ce qui vient nuancer voire contredire la parole, à la manière d’un psychanalyste. Dès lors, c’est tout le processus mis en œuvre pour l’enquête qui va nous tenir en haleine et nous réjouir, plus que l’envie de connaître le nom de l’assassin.
Il y a du théâtre et de la tragédie antique dans cette histoire, et Pascal Bonitzer ne s’y est pas trompé, en choisissant des interprètes essentiellement issus de la scène avec, au centre, le très sociétaire Denis Podalydès de la Comédie Française, qui prête sa verve et sa malice au commissaire Maigret. Pas du tout bedonnant, pas franchement corpulent, il impose pourtant son incarnation du personnage avec les trois accessoires cultes cités plus haut – comme autant de vestiges d’un autre âge, anachronisme délicieux dans ce récit censé se dérouler au début du XXIe siècle –, avec sa détermination aussi vive que son esprit, avec son verbe incisif et sa normalité joyeuse. Mais c’est toute la distribution, étincelante, qu’il faudrait citer : on en distinguera les exceptionnelles Anne Alvaro (immense tragédienne qui sait que jouer le drame exige de l’humour) et Dominique Reymond (qui se rend inoubliable en une seule scène).
Ce qui fait du bien également, c’est cette sensation de glisser, le temps d’un film, dans une bulle hors du temps, loin du fracas du monde, de sa course assommante à la modernité, et de voir à l’œuvre l’intelligence, la profondeur du récit et l’incroyable vitalité de ses personnages.